Edito – Un marché laitier en demi-teinte
Depuis le mois de juillet 2025, le marché laitier suisse évolue dans un contexte contrasté.
La réalité diffère fortement entre le lait d’industrie et le lait de fromagerie.
Les augmentions successives des taxes aux États-Unis ont pénalisé les exportations de Gruyère AOP. Les interprofessions ont pris des mesures ciblées pour promouvoir les ventes en Suisse et à l’étranger.
L’Interprofession du Gruyère a ainsi établi une restriction temporaire des volumes de -5 % en 2025 et de -3 % supplémentaires en 2026. Ces décisions témoignent d’une volonté claire de piloter le marché de manière préventive.
L’Interprofession du Vacherin Fribourgeois, suivant la même logique, n’a pas eu besoin de réguler les quantités.

Le lait d’industrie traverse une phase difficile depuis la fin de l’été 2025. La pression sur les prix dans la grande distribution s’est accentuée, la baisse des prix sur les marchés étrangers et les stocks pèsent sur les valorisations. Le recul de 4 centimes du prix du lait A en février dernier en est la conséquence directe. À ce stade, les prix sont actuellement au plus bas dans le secteur du lait d’industrie. La hausse des cotations sur les marchés internationaux est le premier signe d’une amélioration structurelle qui se profile malgré tout assez loin à l’horizon.
Au niveau faîtier, l’assemblée de l’IP-Lait du 26 septembre 2025 a également marqué un tournant. Les décisions prises – adaptation des instruments de régulation, renforcement des mesures de soutien au marché et coordination accrue entre les segments – vont dans le bon sens. Elles montrent que la branche assume ses responsabilités. Toutefois, leurs effets restent limités tant que la conjoncture internationale ne s’améliore pas. Les instruments existent, mais ils ne peuvent pas compenser entièrement un affaiblissement des marchés.
La situation actuelle exige donc discipline et solidarité. Les restrictions décidées dans les fromages AOP sont contraignantes pour les producteurs, mais elles permettent de préserver la valeur à moyen terme. Dans le secteur industriel, la priorité demeure la stabilisation du marché. La diminution de la production à très court terme est la solution à privilégier.
Ce numéro d’info-lait revient plus en détail sur les décisions des Interprofessions du Vacherin Fribourgeois et du Gruyère, ainsi que sur les mesures adoptées par l’IP-Lait depuis le 26 septembre 2025. Dans un contexte en demi-teinte, la cohésion de la filière reste notre principal objectif.
Yves Nicolet
Président FSFL

Actualités FSFL

D’un commun accord avec Agri Fribourg, les habituelles assemblées de district du premier trimestre ont été annulées. Elles prendront place sous une autre forme dans le courant de l’année, probablement en fin d’été. Dans l’intervalle, la FSFL a décidé de maintenir ses membres informés au travers d’une newsletter dans la continuité de sa brochure Info-Lait dont la dernière édition remonte à 2023.
Outre une nouvelle direction, un site internet au goût du jour et une newsletter, la FSFL s’est également dotée de nouveaux horaires durant lesquels une réception est assurée :
- Lundi au jeudi 08:00-11:45 et 13:30-16:30
- Vendredi 08:00-11:45
Le rapport contenant la rétrospective de l’année 2025 est disponible ici. Ce dernier sera présenté à l’assemblée des délégués du 24 avril prochain.
Sabine Guex
Directrice FSFL

Lait de centrale
Marché

La situation est exceptionnelle et dramatique. Les livraisons sur la fin de l’année 2025 ont été jusqu’à 9 % plus élevées que celles du même mois de 2024. De plus, elles comportaient des teneurs plus élevées. Cela, alors que les marchés d’exportation ont du plomb dans l’aile à cause de la politique tarifaire de Trump, du taux de change défavorable et d’une grande différence de prix avec nos voisins. Des fromages bon marché aux frontières font concurrence à fromages indigènes. S’ajoute encore dans la balance une augmentation du trafic de perfectionnement actif. Tous ces facteurs couplés à un manque de capacités de transformation ont mené à une situation catastrophique inédite, jusqu’au point de devoir amener du lait maigre au biogaz.
Beurre
Les stocks de beurre ont atteint un niveau très élevé particulièrement inquiétant. Pour commencer l’année sereinement, le stock idéal se situe entre 1’000 et 1’500 tonnes. Cet objectif est dépassé actuellement a été dépassé de 4’000 tonnes, ceci alors le pic des livraisons printanières n’est pas encore arrivé.

Mesures
Adaptation du prix A : Dans une séance extraordinaire à la mi-décembre 2025, le comité de l’IP-lait a baissé le prix cible A de 4 centimes au 1er février et ceci jusqu’à la fin de l’année 2026 dans l’idée de diminuer la différence de prix avec l’Union européenne et d’assurer ainsi les parts de marché des produits laitiers suisses. Si ces parts de marché venaient à être perdues en situation de surproduction, le problème s’accentuerait davantage.
Activation du fonds « régulation » : L’IP-Lait a libéré lors de sa séance du mois de novembre 2025 des fonds pour soutenir l’exportation de 2000 tonnes de crème et de 3530 tonnes de beurre. Lors d’une séance au mois de février 2026 une nouvelle tranche de 1325 tonnes a été rajoutée. Les conditions pour toucher des aides via le fonds sont :
- Exporter le beurre
- Acheter du lait C
Appel à la réduction de la production : Tous les producteurs de lait suisses sont appelés à ne pas dépasser une quantité équivalente à 105 % des livraisons de l’année précédente.
Réflexions pour une meilleure gestion des quantités et des capacités de transformation dans le futur : L’IP-Lait a créé un groupe de travail afin de préparer un système faire plus rapidement et mieux face à des situations exceptionnelles telle que celle de cette année.
Interventions politiques : En ligne de mire, une meilleure réglementation du trafic de perfectionnement.
Encourager la consommation des produits laitiers suisses : L’IP-Lait a appelé la grande distribution à privilégier les produits laitiers suisses et Swissmilk effectue des mesures ciblées de promotion.
Prévisions
Les prévisions sont encore difficiles à ce stade car les mesures citées ci-dessus n’ont pas déployé encore leur effet. La réduction de la production est la mesure avec le plus grand effet de levier à court terme. Elle permet aussi de soulager les capacités de transformation. Il est primordial pour les discussions à venir dans le cadre de la PA 2030+ d’arriver à stabiliser le marché au plus vite. Il faut donc que les mesures déploient leur effet dans les trois mois à venir. Pour ce qui est du moyen terme, la FSFL est d’avis qu’il va manquer du lait en Suisse et qu’il est très primordial de continuer à œuvrer pour mettre en place les meilleures conditions possibles pour les productrices et producteurs de lait.
Mireille Hirt-Sturny
Vice-présidente FSFL

Interprofession
du Gruyère
(IPG)

En 2025, Le Gruyère AOP a enregistré un léger recul de ses ventes de l’ordre de 1,5 %, soit environ 460 tonnes, pour s’établir à près de 30’700 tonnes. Cette évolution s’explique principalement par une contraction des exportations de 7.4 %, particulièrement marquée sur le marché américain. Ce dernier, qui représente près d’un tiers des volumes exportés, a été fortement frappé par le taux de change et l’évolution des droits de douane américains sur les produits suisses. La solidité du marché suisse a permis d’amortir le choc. La consommation intérieure, qui représente environ 60 % des volumes, est restée dynamique et a largement compensé le recul observé à l’export. Les quantités de production 2025 de Gruyère AOP ne sont pas encore définitives. Elles devraient être légèrement supérieures à celles produites en 2024, ce qui démontre que la filière du Gruyère n’a pas inondé le secteur du lait industriel.
Pour 2026, les incertitudes restent élevées, notamment aux États-Unis, où les politiques tarifaires demeurent instables, ainsi que les conséquences de la crise au Moyen-Orient. À cela s’ajoute le renforcement du franc suisse, qui pénalise la compétitivité à l’exportation. Le Gruyère AOP bio est confronté à une surcapacité de production par rapport aux besoins du marché.
Compte tenu de ces éléments, les niveaux de production pour 2026 ont été fixés à 97% pour le Gruyère AOP traditionnel, 90% pour le Gruyère AOP bio et 100% pour le Gruyère d’Alpage AOP.
Sur le plan promotionnel, l’Interprofession du Gruyère célèbrera cette année les 25 ans d’enregistrement en tant qu’AOP avec une campagne axée sur les exigences du cahier des charges. Le Gruyère AOP est également associé aux championnats du monde de hockey sur glace qui se tiendront du 15 au 31 mai 2026 à Fribourg et à Zurich. Un « hotspot Gruyère » sera installé à proximité de la patinoire de Fribourg.
Sur le plan organisationnel, le remaniement laitier touche à sa fin, avec un taux de réalisation avoisinant 82 %. Plusieurs changements sont également intervenus au sein des instances professionnelles. Parmi les délégués producteurs à l’Interprofession du Gruyère, Benoît Cardinaux a annoncé son départ. Son successeur sera désigné lors de la prochaine assemblée des délégués de la FSFL. Du côté de Prolait, Cyril Bastian succède à Didier Roch, tandis que Vincent Fremyond remplace Vincent Gruet. Faute de candidature pour reprendre son siège au Comité de l’IPG, Didier Roch poursuivra son engagement pour une année supplémentaire.
Olivier Isler
Directeur de l’IPG

Interprofession
du Vacherin Fribourgeois
(IPVF)
Les stocks de Vacherin Fribourgeois AOP à la fin 2025 se situaient à 614 tonnes, une diminution de 247 tonnes par rapport à 2024. Cette quantité représente une situation similaire à celle des années 2019 et 2020.
La production totale 2025 a atteint 3’000 tonnes, soit 5% en dessous des quotas connus pour l’année. Ceci est dû l’absence de production durant plusieurs mois par l’entreprise CREMO (incendie de mars 2025).
La situation actuelle, à comparer avec la fin 2020 et les stocks de 620 tonnes pour une production de 2’625 tonnes, est considérée comme bonne.
La production de pâtes mi-dures parmi les membres est passée de 757 tonnes en 2019 à environ 300 tonnes en 2025. Ce volume restant doit disparaître avec les signatures des dernières conventions effectuées durant l’année.
Après un record de 445 tonnes à l’export en 2024, 400 tonnes ont été exportées en 2025, ce qui est aussi un très bon résultat. Une diminution vers l’Allemagne et surtout vers le Benelux suscite tout de même des interrogations.
L’augmentation des importations des pâtes mi-dures bon marché est source d’inquiétudes. Pour la deuxième année consécutive, le bilan import/export n’est plus favorable à la Suisse, aussi bien en volume qu’en valeur.

Pour 2026, 3’287 tonnes de Vacherin Fribourgeois AOP ont été attribuées, soit 150 tonnes de plus que l’année passée. Cette quantité supplémentaire est due aux dernières conventions. Une grande attention est de mise car cela représente 280 tonnes de plus que la production de 2025. La commission de gestion des quantités n’a par conséquent attribué aucune augmentation de quota individuelle et devra avoir une très grande vigilance par rapport à l’évolution du marché.
Les travaux de révision des règlements et des statuts sont en cours car aucun ajustement n’avait été fait depuis la fondation de l’IPVF et l’obtention de l’AOP et seront validés à l’assemblée des délégués en automne 2026.
2025 a été l’année des 30 ans de l’IPVF et des 20 ans de l’obtention de l’AOP. Cette année s’est conclue par une forte visibilité médiatique et plusieurs événements marquants, notamment les World Cheese Awards et la soirée Vaccarinus à Berne ainsi que le Salon Goûts et Terroirs à Bulle en tant qu’invité d’honneur. Ce dernier a particulièrement marqué les esprits par la qualité du stand, la présentation de la filière du Vacherin fribourgeois AOP, le film retraçant l’obtention de l’AOP et le restaurant ayant servi plus de 1’300 fondues. L’ensemble de ces manifestations s’est déroulé dans une ambiance conviviale, témoignant de la notoriété croissante du Vacherin fribourgeois AOP en Suisse et à l’international. Le comité n’a pas manqué de remercier tous les collaborateurs de l’IPVF pour leur engagement et leur remarquable travail tout au long de cette année anniversaire.

Philippe Bulliard
Membre du CA de la FSFL

Epizooties chez les bovins
Dermatose nodulaire contagieuse (DNC)
Depuis fin juin 2025, la France, l’Espagne et l’Italie sont particulièrement touchés par des foyers de dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Le virus est principalement transmis par des insectes piqueurs et provoque chez les bovins une forte fièvre, des modifications cutanées nodulaires, des œdèmes et une détérioration significative de l’état général. Outre une baisse massive de la production laitière, des avortements, des troubles de la fertilité sont constatés et, dans certains cas, la mort de l’animal peut également survenir. La maladie ne présente aucun danger pour l’homme.

À ce jour, aucun cas n’a été détecté en Suisse. Cependant, comme des cas ont été confirmés dans des régions françaises voisines, le risque d’introduction du virus est considéré comme élevé.
Afin d’empêcher la propagation de la maladie, les services vétérinaires cantonaux, en étroite collaboration avec la Confédération, ont mené des campagnes de vaccination dans les régions frontalières du canton de Genève et dans certaines parties des cantons de Vaud et du Valais. Dans ces zones définies, tous les animaux sensibles ont été vaccinés à titre préventif afin de créer une « barrière immunitaire » et de faire ainsi obstacle à la maladie. Les vaccinations ne sont pas autorisées en dehors de ces zones.
Pour les éleveurs, cela signifie un surcroît de travail et des coûts supplémentaires. Néanmoins, ces mesures protègent la Suisse d’une épidémie en Suisse aux conséquences graves : outre des problèmes considérables en matière de protection des animaux, il faudrait s’attendre à des dommages économiques massifs, car la DNC entraîne l’abattage des animaux concernés et des restrictions commerciales importantes. Certains pays – hors UE – exigent que le lait produit dans une zone de surveillance soit pasteurisé avant sa valorisation, ce qui contrevient aux cahiers des charges des fromages à haute valeur ajoutée notamment.
La surveillance quotidienne systématique des troupeaux bovins, quel que soit leur statut vaccinal, est déterminante pour la détection précoce de la maladie. En effet, le délai entre la contamination et l’apparition des symptômes peut varier. Il est indispensable de signaler rapidement les cas suspects. Une détection précoce contribue de manière significative à empêcher la propagation de la maladie et à protéger le statut sanitaire élevé des troupeaux bovins suisses.
Mi-février, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a décidé d’interdire l’estivage de bovins en France pour la saison 2026. Il s’agit d’une mesure supplémentaire pour prévenir l’introduction en Suisse de cette épizootie. La décision a été prise au terme de discussions approfondies avec les services vétérinaires cantonaux et les organisations agricoles. La mesure touche environ 260 exploitations, principalement situées en Suisse romande. Selon le Journal Agri, 6 exploitations fribourgeoises et150 bovins seraient concernés.
Le site internet zalp.ch est une plateforme destinée aux alpagistes. Axée d’ordinaire sur la main-d’œuvre, elle a ouvert cet hiver une page dédiée au placement de bovins.
Diarrhée virale bovine
Plus de 99 % des cheptels bovins sont désormais reconnus indemnes de la diarrhée virale bovine (BVD).
Depuis le 1er novembre 2024, la dernière étape d’éradication est en cours. Pendant cette période, il est déterminant de n’acheter que des animaux provenant d’exploitations ayant obtenu le feu vert pour la BVD. C’est la seule façon pour une exploitation d’obtenir le nouveau statut « indemne de BVD » au 1er novembre 2026.
À partir de cette date, les exploitations n’ayant pas le statut « indemne de BVD » seront soumises à des restrictions en matière de déplacements d’animaux.
Langue bleue
A la fin de l’été 2024, des cas de langue bleue (Bluetongue BT) ont été détectés pour la première fois depuis plusieurs années en Suisse, notamment des infections par le sérotype BTV-8 et
par le sérotype BTV-3.
Selon le sérotype, les symptômes peuvent être plus ou moins prononcés. Si les bovins présentent généralement des formes plus bénignes de la maladie que les moutons, celle-ci cause chez les deux espèces des souffrances animales et des pertes économiques sous forme de baisse de rendement, d’avortements et de veaux en mauvaise santé.
Afin d’endiguer la propagation, la Confédération et les cantons ont garanti la disponibilité des vaccins au printemps 2025 et ont recommandé la vaccination comme mesure de protection, en particulier avant le début de la saison vectorielle. La contribution aux coûts a été définie à 5.60 CHF par animal et sera versée dans le cadre des décomptes BDTA habituels dans le courant de l’année 2026, ceci pour les vaccinations annoncées avant août 2025.
Pour une protection optimale, la vaccination de base ou le rappel doit être effectué suffisamment tôt avant le début de la saison vectorielle (idéalement en janvier-mars pour les bovins, en janvier-février pour les moutons).
Selon la maladie ou l’épizootie, les pertes peuvent être couvertes par la Confédération, les caisses cantonales des épizooties ou des assurances privées. L’ordonnance sur les épizooties classe les épizooties en différentes catégories. Elle définit également, pour chaque épizootie, la manière dont cette dernière doit être combattue et dont les pertes d’animaux doivent être indemnisées.
Dans le cas d’épizooties hautement contagieuses comme la dermatose nodulaire contagieuse, la Confédération verse 90 % de la valeur estimée des animaux. Dans le cas d’épizooties à éradiquer, à combattre et à surveiller, telles que la fièvre catarrhale ovine ou la diarrhée virale bovine, le canton indemnise max. 60 à 90 % de la valeur des animaux, en fonction de l’épizootie et du canton.

La loi ne prévoit pas d’indemnisation pour les pertes de rendement, la valeur totale des animaux ou encore pour les autres frais supplémentaires. Les offres d’assureurs privés comblent partiellement cette lacune. L’assurance animaux de la Suisse Grêle offre par exemple une couverture complète pour les bovins, les porcs et la volaille, dans laquelle la perte de rendement, la valeur des animaux et les frais supplémentaires sont assurables.
Andrea Wiedmer
USP
(adaptation par Sabine Guex, directrice FSFL)

Remboursement des crédits d’investissement
La chute du prix du lait d’industrie met à mal les liquidités des exploitations laitières. En cas de difficultés financières, le chef d’exploitation peut exceptionnellement demander au Canton de reporter le remboursement d’une annuité. Certaines règles doivent être respectées pour qu’une telle demande soit admise, notamment un dépôt dans les délais. Grangeneuve liste les exigences ici.
Sabine Guex
Directrice FSFL
